Préfets et gouverneurs : entre mérite administratif et pouvoir de nomination

Lexpress Guinée
Sep 15, 2026



CONAKRY — L’appel à candidatures lancé par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation pour les postes de préfets et de gouverneurs ouvre une nouvelle séquence dans la gestion de l’administration territoriale guinéenne. Prévue du 16 au 27 septembre 2026, la procédure vise des fonctionnaires disposant notamment d’un diplôme de niveau Bac+4 et d’au moins cinq années d’expérience dans l’administration du territoire.
Sur le plan juridique, la première question est celle de la nature de cette candidature. L’appel à candidatures ne crée pas, en lui-même, un droit à être nommé. Il constitue un mécanisme de sélection destiné à identifier des profils répondant aux exigences de l’administration. La décision de nomination demeure soumise aux règles de compétence prévues par la Constitution et les lois.
La Constitution de 2025 apporte, sur ce point, des principes importants. Son article 65 prévoit que le Président de la République nomme, par décret, aux hautes fonctions civiles et militaires de l’État, sur la base de la probité, de l’inclusion, de la compétence et de la représentation territoriale. L’article 84 prévoit parallèlement que le Premier ministre nomme aux emplois civils relevant de sa compétence, selon notamment les principes d’égalité, de probité, d’inclusion et de compétence.
Il existe donc un enjeu majeur : l’appel à candidatures doit s’inscrire dans la chaîne juridique de nomination et ne peut, à lui seul, modifier la répartition constitutionnelle des compétences.
La Constitution impose également une exigence particulièrement claire pour l’administration publique. Selon son article 179, celle-ci doit être au service exclusif des populations, être apolitique, neutre et impartiale. Le favoritisme fondé notamment sur l’appartenance ethnique, clanique, régionale ou religieuse est expressément prohibé.
Le processus constitue donc une opportunité de renforcer le mérite administratif. Mais sa crédibilité dépendra de la transparence des critères, de l’impartialité de l’évaluation et de la traçabilité des décisions. Les candidats devront pouvoir comprendre sur quelles bases leurs dossiers sont examinés et, le cas échéant, dans quelles conditions une décision administrative peut être contestée.
Un autre élément mérite attention : l’article 181 de la Constitution consacre une organisation territoriale fondée sur la déconcentration et la décentralisation, tandis que l’article 182 renvoie au pouvoir réglementaire la création, les attributions, l’organisation et le fonctionnement des circonscriptions territoriales. Les régions, préfectures et sous-préfectures sont ainsi des circonscriptions territoriales de l’État.
Enfin, le contrôle juridictionnel n’est pas théorique. La Cour suprême, selon l’article 154 de la Constitution, est compétente pour connaître de la légalité des actes administratifs, notamment par la voie du recours en annulation dans les conditions prévues par les textes.
En définitive, le recrutement par candidature peut être juridiquement compatible avec le système guinéen s’il demeure un outil de sélection et respecte les compétences de nomination. Son véritable défi sera de démontrer que le passage de la candidature à la nomination repose effectivement sur la compétence, la probité, l’égalité et la représentation territoriale, plutôt que sur des considérations étrangères aux exigences du service public.
L’enjeu est donc double : moderniser la sélection des cadres territoriaux sans fragiliser la légalité des nominations.
Ibrahima Sory Camara