CONAKRY — Insulter est devenu facile. Accuser aussi. Diffamer, provoquer, menacer ou s’en prendre à une communauté ne demande parfois que quelques clics.
Sur les réseaux sociaux guinéens, le ton monte. Et avec lui, une question devient de plus en plus urgente : où s’arrête la liberté d’expression et où commence l’abus ?
Depuis plusieurs mois, les autorités judiciaires et la Haute Autorité de la Communication multiplient pourtant les avertissements et les procédures contre les dérives numériques. Des condamnations ont été prononcées pour des faits d’injure et de diffamation commis en ligne.
Mais l’effet dissuasif semble limité.
Derrière un profil, parfois anonyme, certains se sentent autorisés à tout dire. Des personnes sont publiquement accusées sans preuve, des familles exposées, des réputations détruites et, plus préoccupant encore, des propos visant des groupes ou des communautés peuvent rapidement transformer une simple polémique en tension collective.
Le danger est là : une publication peut disparaître en quelques heures, mais les conséquences pour celui qui en est la cible peuvent durer des années.
Faut-il pour autant surveiller ou museler les réseaux sociaux ? Non. La critique, le débat et la contradiction font partie d’une société libre.
Mais la liberté d’expression implique aussi une responsabilité. Dénoncer n’est pas diffamer. Critiquer n’est pas insulter. Informer n’est pas propager une rumeur.
La Guinée ne peut pas construire un espace numérique où la viralité devient la seule mesure de la vérité.
Il est temps que chaque internaute, influenceur, média, plateforme et autorité — prenne sa part de responsabilité. Car lorsque la violence verbale devient ordinaire sur les écrans, elle peut finir par déborder dans la société réelle. Que Dieu nous en préserve.
Ibrahima Sory Camara

