Le procureur Aly Touré aux avocats de Kassory et autres: "La procédure ce n'est pas dans les médias, c'est au prétoire"

Lexpress Guinée
Feb 25, 2023


Le procureur spécial près la cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) s'apprête à programmer le procès de l'ancien Premier ministre Ibrahima Kassory et autres qu'il accuse de détournement de fonds publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Les avocats des accusés ne sont pas d'accord pour que le procès se tienne tant que l'ordonnance de leur mise en liberté prise par la chambre d'instruction de la CRIEF n'est pas exécutée.

Ibrahima Kassory Fofana, Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense et Oyé Guilavogui, ancien ministre de l'Environnement et du Développement durable, ont été placés sous mandat le 06 avril 2022. Mais ce mandat décerné par le procureur spécial près la CRIEF a été contesté par les avocats de la défense.

Fin mai 2022, la chambre de l'instruction a pris les choses en main en plaçant régulièrement les inculpés sous mandat de dépôt. Au terme des quatre mois impartis à ce mandat, la chambre de l'instruction a jugé utile de ne pas le renouveler. Le parquet spécial a immédiatement interjeté appel. Débouté devant la chambre spéciale de contrôle de l'instruction, Aly Touré a saisi la cour suprême.

Alors que la cour suprême ne s'est pas prononcée sur le pourvoi en cassation du parquet spécial, le 20 janvier dernier, la chambre de l'instruction a pris une ordonnance renvoyant les accusés devant la juridiction de jugement.

Devant la presse, le jeudi 23 février 2023, la défense des trois anciens dignitaires renforcée par l'arrivée du célèbre avocat Me Paul Yomba Kourouma a soutenu que cette ordonnance est nulle, en exigeant d'abord leur libération. Ce qui n'est pas de l'avis du procureur spécial près la CRIEF. "Je ne suis pas d'accord avec vous quand vous me dites que nous sommes au delà de la durée légale des mandats de dépôt", a réagi Aly Touré en répondant à un journaliste de la radio Espace FM qui rapportait les propos des avocats de Kassory et Cie devant la presse.

"En droit tout est question de procédure. Et notre loi admet aujourd'hui que lorsque les plaideurs ne sont pas d'accord devant au niveau d'une instance, vous pouvez aller devant l'instance supérieure" a rappelé Aly Touré à l'attention du collectif des avocats de la défense qui menace de boycotter le procès au motif que la libération de leurs clients passe avant toute autre chose dans cette affaire.

Les avocats de Kassory Fofana et autres se disent inquiets pour leurs clients maintenus en prison alors que leur état de santé se fragilise. Aly Touré comprend bien leur étant d'âme, mais il pense aussi ces avocats sont en train de lui faire un mauvais procès, et même aux juges appelés à connaître de l'affaire.

"Moi je comprends bien leur inquiétude. Le problème c'est eux qui ne veulent pas comprendre la procédure. Parce que lorsque vous vous pourvoyez en cassation, vous êtes devant la cour suprême, ça n'empêche pas le juge de travailler (...) Ce n'est pas tout le dossier qui est parti à la cour suprême. Il faut qu'on vous le dise parce que j'ai comme impression que les gens pensent que quand vous êtes à la cour suprême, c'est tout le dossier qu'on envoie. Non (...) C'est le volet qui concerne les liberté qui est pendant devant la cour suprême. Cela n'empêche pas les juges de continuer leur travail", a expliqué le vendredi 24 février, Aly Touré dans les Grandes Gueules d'Espace FM, en faisant allusion aux déclarations des avocats qui ont attaqué en vain, l'ordonnance de renvoi de leurs clients devant la chambre de jugement. Ce qui ne se devait même pas, selon le procureur spécial.

Pour Aly Touré, la défense des trois cadres ne doit plus se dérober. Elle qui a toujours soutenu que le dossier est vide doit prouver cela pendant les audiences publiques, au lieu d'aller dans les médias pour prêter des intentions.

"Vous ne pouvez pas leur prêter des intentions alors que n'avez même exposé vos prétentions devant eux (juges: ndlr). C'est ça le problème. La procédure ce n'est pas dans les médias, c'est au prétoire (...) On ne va pas devant la chambre de jugement pour être condamné. On va pour être jugé", a-t-il lancé.

KS