Guinée : Les réseaux sociaux ou le tribunal populaire ?

Lexpress Guinée
Aug 9, 2026



À l’origine, les réseaux sociaux devaient rapprocher les individus, faciliter les échanges et donner à chacun la possibilité de s’exprimer. Aujourd’hui, ils sont devenus bien plus que de simples espaces de communication. Ils constituent parfois de véritables tribunaux populaires où une accusation, une vidéo ou une rumeur peut suffire à condamner une personne avant même que les faits ne soient établis.
Sur les réseaux sociaux, le jugement est souvent instantané. Une publication devient virale en quelques minutes et déclenche une avalanche de commentaires, d’indignations et de condamnations. Beaucoup réagissent sans vérifier les informations, sans connaître le contexte et sans entendre les différentes parties. La présomption d’innocence, pourtant essentielle dans une société démocratique, semble alors disparaître derrière la recherche du scandale et du sensationnel.
Certes, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle positif. Ils permettent de dénoncer certaines injustices, de donner une voix aux victimes et de révéler des faits qui seraient parfois restés ignorés. Ils peuvent ainsi contribuer à la mobilisation citoyenne et à la défense des droits. Mais lorsque la dénonciation se transforme en lynchage numérique, la frontière entre justice et vengeance devient dangereusement floue.
Le véritable problème est que le tribunal populaire des réseaux sociaux ne fonctionne pas comme une institution judiciaire. Il n’enquête pas toujours, ne confronte pas nécessairement les témoignages et ne dispose pas des garanties qui protègent l’accusé. Pourtant, ses verdicts peuvent avoir des conséquences bien réelles : réputation détruite, emploi perdu, vie privée exposée, famille harcelée. Et contrairement à une décision de justice, une publication mensongère peut rester accessible et continuer à circuler longtemps après que la vérité a été rétablie.
Il appartient donc à chacun de faire preuve de responsabilité. Partager une information, ce n’est pas un geste anodin : c’est parfois participer à la construction de l’opinion publique et au destin d’une personne. Avant de condamner, il faut vérifier. Avant de partager, il faut réfléchir. Et avant de transformer une accusation en certitude, il faut se rappeler qu’un écran ne remplace ni une enquête ni un tribunal.
Les réseaux sociaux ne doivent pas devenir des tribunaux où l’émotion tient lieu de preuve et où la popularité tient lieu de vérité. Ils peuvent être des outils puissants de liberté et de justice, à condition que leurs utilisateurs refusent de confondre dénoncer une injustice avec condamner sans jugement. Dans une société de droit, la justice doit rester fondée sur les faits, les preuves et le respect des droits de chacun
Ibrahima Sory Camara