Du parti unique au Parlement bicaméral : 68 ans d'évolution de la représentation nationale en Guinée

Lexpress Guinée
Jul 16, 2026

CONAKRY – L'installation de la 10? législature marque une page importante de l'histoire institutionnelle de la Guinée. Avec l'entrée en fonction de 147 députés au sein d'une Assemblée nationale appelée à siéger aux côtés d'un Sénat, le pays inaugure son premier Parlement bicaméral depuis son accession à l'indépendance en 1958.
Cette nouvelle étape est l'aboutissement de près de sept décennies de transformations politiques et constitutionnelles qui ont profondément façonné l'institution parlementaire.
À l'indépendance, la première législature (1958-1963) comptait 60 députés sous la présidence de l'Honorable Saïfoulaye Diallo. Le Parti démocratique de Guinée-Rassemblement démocratique africain (PDG-RDA), dirigé par le président Ahmed Sékou Touré, dominait largement l'Assemblée avec 57 sièges, tandis que le Bloc africain de Guinée (BAG) obtenait deux élus et un député siégeait comme indépendant.
Le régime du parti unique s'affirme ensuite avec les deuxième (1963-1968) et troisième législatures (1968-1974), présidées par l'Honorable Léon Maka. Les 75 sièges de l'Assemblée reviennent alors exclusivement au PDG-RDA.
La Constitution de 1974 ouvre une nouvelle phase avec la création de l'Assemblée populaire révolutionnaire, dont les effectifs passent à 150 députés. Les quatrième et cinquième législatures (1974-1984), dirigées par l'Honorable Damantang Camara, fonctionnent toujours dans le cadre du système de parti unique.
Le retour au pluralisme intervient en 1995 avec la sixième législature. Présidée par l'Honorable Boubacar Biro Diallo, elle compte 114 députés et marque la réintroduction du multipartisme. Le Parti de l'unité et du progrès (PUP) du président Lansana Conté y détient la majorité, aux côtés du RPG, de l'UPR et d'autres formations politiques.
La septième législature (2002-2008), présidée par l'Honorable Aboubacar Somparé, conserve le même effectif de 114 députés. Le PUP y dispose de 91 sièges, confirmant sa domination sur la scène parlementaire.
La transition politique de 2010 conduit à la mise en place d'un Conseil national de la transition (CNT), présidé par Rabiatou Sérah Diallo. Composé de 155 conseillers, il réunit des représentants des partis politiques, de la société civile, des syndicats et de plusieurs autres composantes nationales afin de conduire les réformes institutionnelles.
À l'issue des élections de 2013, la huitième législature (2014-2020), présidée par l'Honorable Claude Kory Kondiano, reflète un paysage politique plus diversifié. Sur les 114 députés, le RPG Arc-en-ciel obtient 53 sièges, l'UFDG 37, l'UFR 10, tandis que plusieurs autres partis sont également représentés.
La neuvième législature (2020-2021), présidée par Amadou Damaro Camara, reste composée de 114 députés. Le RPG Arc-en-ciel y décroche 79 sièges lors d'élections boycottées par plusieurs partis majeurs de l'opposition.
Les événements du 5 septembre 2021 entraînent la dissolution de l'Assemblée nationale et l'installation d'un nouveau Conseil national de la transition sous la présidence de l'Honorable Dr Dansa Kourouma. Cette institution rassemble 81 conseillers issus des différentes composantes de la Nation jusqu'au retour à l'ordre constitutionnel.
Les élections législatives de 2026 ouvrent désormais une nouvelle séquence politique avec l'installation de la 10? législature. Forte de 147 députés, l'Assemblée nationale évolue pour la première fois aux côtés d'un Sénat, conformément aux dispositions de la Constitution de la Ve République.
Cette réforme traduit une volonté de moderniser les institutions, d'élargir la représentation nationale et territoriale et de renforcer le rôle du Parlement dans l'élaboration de la loi et le contrôle de l'action gouvernementale.
De 60 députés en 1958 à 147 élus en 2026, le Parlement guinéen illustre ainsi l'évolution des institutions du pays et les différentes étapes de son histoire politique. L'avènement du bicaméralisme ouvre un nouveau chapitre, porteur d'enjeux majeurs pour la gouvernance démocratique et le fonctionnement de la République.
I.S Camara