La crise qui secoue la Fédération Guinéenne de Football (FGF) connaît un nouveau tournant. Dans un communiqué publié le 11 juillet 2026, le ministère de la Jeunesse et des Sports a officiellement pris acte de la vacance de l'organe exécutif de la Fédération, conséquence de la démission de plusieurs membres du Comité exécutif (COMEX), dont Mamadou Alpha Hann.
Sans annoncer de mesures immédiates, le département des Sports affirme suivre la situation avec une attention particulière et promet d'agir en concertation avec les instances internationales, notamment la FIFA et la CAF. Une position mesurée qui traduit la sensibilité du dossier, dans un contexte où toute intervention directe de l'État dans les affaires d'une fédération sportive peut être interprétée comme une ingérence.
Depuis plusieurs mois, la FGF est traversée par des tensions internes opposant différents responsables de l'institution. Les divergences, d'abord politiques, ont progressivement débouché sur une paralysie du fonctionnement du Comité exécutif.
La démission successive de plusieurs membres a fini par faire tomber le COMEX en dessous du quorum prévu par les statuts de la Fédération. Juridiquement, l'organe dirigeant ne peut donc plus exercer pleinement ses missions, créant une véritable vacance institutionnelle.
Au-delà des querelles de personnes, cette situation révèle les limites du mode actuel de gouvernance du football guinéen, où les mécanismes de prévention et de résolution des conflits internes semblent insuffisants.
Les conséquences d'une telle crise dépassent largement le cadre administratif.
À court terme, plusieurs dossiers stratégiques pourraient être affectés :
la préparation des équipes nationales ;
l'organisation des compétitions nationales ;
la gestion des financements de la FIFA et de la CAF ;
les projets d'infrastructures, notamment l'homologation du stade du 28-Septembre ;
la crédibilité de la Fédération auprès de ses partenaires.
Cette instabilité intervient paradoxalement au moment où l'État vient d'annoncer une subvention exceptionnelle de 40 milliards de francs guinéens destinée au développement du football.
Sans une gouvernance stable, l'utilisation efficace de ces ressources pourrait être compromise.
Dans ce dossier, le ministère des Sports choisit la prudence.
Le communiqué du ministère évite soigneusement toute annonce pouvant être assimilée à une mise sous tutelle de la Fédération.
Cette prudence est dictée par les règlements de la FIFA, qui interdisent toute ingérence politique dans la gestion des fédérations nationales. Plusieurs pays ont déjà subi des suspensions pour des interventions jugées excessives de leurs gouvernements.
En privilégiant une concertation avec la FIFA et la CAF, les autorités guinéennes semblent vouloir préserver les intérêts du football national tout en respectant les règles internationales.
Face à cette situation,
quelles pistes pour une sortie de crise ?
La résolution durable de cette crise passera moins par une confrontation que par un retour au dialogue institutionnel.
Plusieurs options apparaissent envisageables.
La première consiste à favoriser une médiation conduite avec l'appui de la FIFA, de la CAF ou de l'Union des fédérations ouest-africaines de football (UFOA), afin de rapprocher les différentes parties.
La deuxième serait de mettre rapidement en place un mécanisme transitoire conforme aux statuts de la Fédération, chargé d'assurer la continuité administrative jusqu'à la tenue de nouvelles élections ou à la reconstitution régulière du Comité exécutif.
Une troisième piste réside dans l'organisation d'une Assemblée générale extraordinaire permettant aux membres statutaires de se prononcer sur l'avenir de l'institution dans un cadre légal et consensuel.
À plus long terme, cette crise pourrait également servir de catalyseur pour engager une réforme de la gouvernance du football guinéen. Une révision des textes, un renforcement des mécanismes de contrôle interne, une meilleure gestion des conflits et davantage de transparence pourraient contribuer à prévenir de nouvelles crises.
Le football demeure le sport le plus populaire de Guinée et représente un puissant facteur de cohésion sociale. Les rivalités internes ne devraient pas compromettre les ambitions sportives du pays ni pénaliser les joueurs, les clubs, les supporters et les partenaires.
L'heure est désormais à la responsabilité. Les dirigeants de la Fédération, les pouvoirs publics et les instances internationales disposent chacun d'un rôle à jouer pour permettre un retour rapide à une gouvernance stable, crédible et conforme aux règles du football mondial.
Car au-delà des enjeux institutionnels, c'est l'avenir du football guinéen qui se joue.
ISC

