La RTG perd un de ses meilleurs journalistes.Je l’ai écouté sur les ondes de la RTG longtemps avant de le côtoyer. Il m’appelait( avec mon binôme Abou Bakr) l’artillerie lourde de Le Lynx. Je garde de lui une anecdote qui aurait pu nous coûter la vie. Dans les années 2000, des rebelles avaient pris d’assaut la partie sud-est de la Guinée, notamment la ville de Gueckedou et la Commune Rurale de Développement de Yendé-Millimou. Ceux qu’ont qualifient de hordes barbares régnèrent en maîtres sur Yendé quelques semaines avant d’y être délogés par l’armée guinéenne appuyée par des éléments de l’ULIMO K.
Quelques jours après cette libération, le Gouvernement envoya une équipe multimédia sur les lieux. Un bus postal avait été affrété pour conduire les reporters de la presse publique et privée. Je faisais partie des « embarqués » avec Mady Yattara comme chef de mission. Départ de Conakry, nuit à Gueckedou ville ( dans une villa où les impacts des balles des rebelles étaient visibles). Le lendemain, direction Yendé-Millimou sans aucune escorte militaire. De temps en temps, notre bus croise des pickups de l’armée roulant à vive allure sur une route escarpée. Une fois à la lisière de Tekoulo, notamment au niveau d’une école primaire où ils avaient « une base », des rebelles de l’Ulimo K débarquèrent de la petite colline surplombant la route pour pointer leurs lances roquettes et kalachs vers notre bus. Le chauffeur stoppa net. Panique à bord.
D’un calme olympien, Mady Yattara fut signe à tout le monde de rester tranquille. Dehors, l’agitation etait à son comble.
- « We need eat » !, « We need drink ! », « We need Money » scandaient les éléments de l’Ulimo, menaçant.
- Mady Yattara, tranquille, répondit: « We are journalist for a gouvernement mission to Yendé-Millimou. No eat ! No drink in this bus »
- « Money ! Money! Money ! », réclamèrent les rebelles, l’un d’entre eux essayant même d’entrer dans le bus.
- Mady Yattara se tourna vers nous en martelant : « les gars, videz vos poches pour sauver nos vies ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Il récupéra le magot pour le remettre à leurs chefs. Ils quittèrent la route, pour nous laisser passer. Un silence de cimetière régna dans le bus durant une trentaine de minutes, avant que nous nous remettions de ce sale quart d’heure.
Depuis, à chaque occasion que nous nous retrouvions, Mady et moi évoquions cette mésaventure.
De par sa sagesse et sa maîtrise de soi, il était parvenu à nous sauver ce jour que je n’oublierai jamais.
Dors en paix, cher Mady Yattara. Que Dieu t’accorde le paradis éternel.
Amen !
Boubacar AZoca Bah

