À la fin de mes études universitaires, comme mes camarades de la promotion 1974, baptisée « Fidel Castro » en hommage au leader de la Révolution Cubaine, un ami et allié de premier ordre de la Guinée et du Responsable Suprême de la Révolution, le Président Ahmed Sékou Touré, j’ai effectué une intense formation militaire au Camp Kwamé Nkrumah dont l’impact a fortement marqué ma carrière professionnelle et ma vie familiale.
La formation militaire était une obligation à laquelle devaient faire face tous les étudiants Guinéens en fin de cycle universitaire avant leur entrée dans la vie active à l’époque de la Guinée révolutionnaire.
Elle se déroulait au camp Kwame N’Krumah du nom de l’ancien Président du Ghana situé au km 36, en dehors de toute agglomération, sur la route nationale Conakry-Dubreka. Durant 2 à 3 mois, les futurs fonctionnaires étaient soumis à une rude formation militaire.
Elle comportait outre des cours théoriques sur l’art de la guerre, des exercices d’éducation physiques, des maniements des armes de toute sorte, des exercices de tirs etc. Bref à tout ce qui devait faire de l’étudiant durant son passage dans cette institution un véritable officier exemplaire de réserve à mesure d’organiser et conduire la défense du territoire national et de la Révolution lorsque ceux-ci arrivaient à être menacés par l’impérialisme revanchard, comme ce fut le cas le 22 novembre 1970.
Cette lâche et barbare agression avait amené l’Etat Guinéen à préparer davantage le peuple dans toutes ses composantes notamment estudiantine face à toute éventualité d’attaque extérieure contre le pays.
La promotion 1974, baptisée « Fidel Castro », le nom du leader de l’indépendance Cubaine, à laquelle j’appartenais n’a pas échappé à cette règle
Ainsi, nous avons été convoqués dès la fin du mois de juin 1974, nous les étudiants de 5ème année sortants des universités Guinéennes et étrangères.
Ce casernement se déroula sans enthousiasme aucune, presque à contre cœur des étudiants dont l’esprit était de profiter des vacances que de se soumettre à des exercices de formation militaire dans un camp coupés des familles et des amis.
Ce camp, devenu célèbre depuis son inauguration quelques années plutôt par le Président Ahmed Sékou Touré, était dirigé par un officier Cubain assisté d’un milicien Guinéen formé à Cuba.
Les cours dans ce temple portaient sur les différentes disciplines de l’art de la guerre.
Ils étaient assurés par des Guinéens et des Cubains
La discipline était de rigueur et se manifestait partout dès le réveil matinal à 5 heures 30 suivi de la montée des couleurs nationales, de l’exercice militaire matinal quotidien d’une heure avant un petit déjeuner fugace et sobre.
Une fois le petit déjeuner terminé, commençaient alors les exercices militaires proprement dits à l’extérieur du Camp sous la surveillance de nos instructeurs.
Ces exercices ainsi que d’ailleurs tous les cours étaient donnés par pelotons et régiments constitués dès l’arrivée des étudiants au camp.
Intensifs et très épuisants allant du creusement des tranchées aux opérations de tirs en passant par des cours sur les embuscades et autres, ces exercices constituaient le douloureux quotidien, harassant auquel étaient confrontés les jeunes pensionnaires que nous étions.
Le retour au Camp où était servi un modeste déjeuner s’effectuait à pied sur de très longues distances en fin de matinée.
Après la restauration, une petite pause était généralement accordée avant la reprise des exercices militaires qui duraient toute l’après midi pour se terminer un peu de temps avant le dîner aux environs de dix neuf heures avec un maigre menu.
Il est à souligner que les rations guère suffisantes, étaient néanmoins si équilibrées que malgré leur maigre quantité permettaient aux étudiants de tenir, de garder la forme et d’avoir curieusement meilleure allure à leur sortie.
Les quelques produits alimentaires, envoyés par des parents et amis au camp afin de suppléer à cette insuffisance, ne parvenaient que rarement sinon jamais aux destinataires.
Ils étaient purement et simplement confisqués par l’encadrement qui s’en délectaient sans vergogne.
Après la restauration du soir, à l’exception de quelques rares jours de conférences organisées à l’initiative des pensionnaires avec l’assentiment de l’encadrement sur des thématiques susceptibles d’intéresser une grande majorité des étudiants, les soirées étaient généralement libres.
Ici et là à l’intérieur du camp, se trouvaient des tables de belotes, de damiers, du Lido et que sais je encore
Des petits cercles de débats idéologiques ou économiques meublaient également les longues nuits du Camp avant l’extinction des lumières dans les dortoirs qui survenait généralement à partir de vingt deux heures, l’heure de repos et le sommeil de récupération avant le réveil matinal du lendemain qui se faisait par des coups de clairon assourdissants et insistants pour arracher les étudiants du lit. Après un passage à la hussarde dans les toilettes, le rythme journalier reprenait avec beaucoup plus de rigueur que la veille.
Cette vie faite d’exercices et d’efforts physiques intenses a, au-delà de la formation militaire proprement dite, favorisant la naissance d’une grande fraternité et de solides amitiés entre étudiants que les futurs cadres que nous sommes continuent de maintenir et d’entretenir au point qu’un véritable esprit de famille existe au niveau de la promotion 1974. Nous avons également gardé de très bonnes relations avec certains formateurs et membres de l’encadrement Cubains et Guinéens .
Au cours de notre séjour au Camp enfin mémorable, des responsables politiques à tous les niveaux, nous gratifiaient de visites surprises d’encouragements.
Les étudiants étaient alors mobilisés autour du mât pour les accueillir et écouter leurs cours politiques sur les principes de la Révolution en matière de la défense de la patrie. Les interventions et le départ des idéologues étaient souvent salués par des ovations nourries.
Ainsi après des mois d’une formation militaire intense et rigoureuse qui feraient pâlir les jeunes recrues de l’armée, une cérémonie officielle de fin de stage de formation était organisée pour clore cette merveilleuse période qui allait marquer à jamais toute notre vie.
Elle allait aussi consacrer hélas le terme d’une autre vie, celle de l’étudiant, une vie d’insouciance de liberté, mais non sans avoir eu le grand mérite de transformer psychologiquement et physiquement des jeunes jusqu’à récemment encore frêles et fragiles insouciants en de véritables combattants aguerris qui n’ignoraient plus rien de l’art militaire. Bien formés, ils étaient désormais prêts au sacrifice suprême pour défendre leur pays de toute agression d’où qu’elle vienne et sa marche révolutionnaire pour plus de progrès pour le peuple de Guinée.
Ainsi cette cérémonie de fin d’une formation militaire, mal acceptée et mal vécue au départ, devient un douloureux événement, un déchirement avec la séparation forcée des étudiants devenus amis et frères après de nombreuses semaines de vie ensemble, de proximité et de partage mais aussi de disputes, de petites querelles propres à tout regroupement notamment juvénile. Que de beaux souvenirs inoubliables.
Des regrets aussi de nous voir quitter les encadreurs exigeants, sévères mais pédagogues et bienveillants, soucieux de nous préparer à la rigueur de la vie professionnelle.
C’est donc finalement avec un cœur lourd sinon meurtri que les étudiants s’en allèrent du Camp et retrouver leurs parents et amis venus les accueillir avant d’entamer ainsi une nouvelle étape de leur vie et de leur destin.
Destin lié à une vie active que nous abordions avec ses défis, ses incertitudes, ses lourdes responsabilités qu’il faut désormais assumer au terme d’une vie estudiantine qui aura duré 5 belles années.
Personnellement, et je pense pour tous mes camarades de promotion, le passage au Camp Kwamé Nkrumah a été un tournant décisif de la vie.
Ambassadeur Djigui Camara,
Officier de réserve
Ancien pensionnaire du Camp Kwamé Nkrumah

