Ce jeudi 9 avril 2026 restera dans les annales de la Justice guinéenne. L'histoire retiendra que ce jour, M Aly Touré avait passé le témoin à M Alphonse Charles, le désormais Procureur Spécial de la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières (CRIEF).
Comme le disait un magistrat, sous le couvert de l'anonymat, c'est la première fois en République de Guinée qu'une simple cérémonie de passation de service se transforme en tribune pour un discours-programme. Tant M Alphonse Charles Wright avait à coeur, avec un ton martial, de prouver à l'option que dans le cadre de la lutte contre la corruption, plus personne ne sera épargnée en Guinée : Magistrats, Gendarmes, Ministres... Tous ont été mis en garde par le nouvel homme fort de la CRIEF. Ce qui sembalit être une passation de service entre le Procureur Spécial sortant et celui entrant, c'est transformé en réquisitoire avant le verdict.
« le mal commence dans ma propre maison de justice »
Parlant de la corruption, le nouveau Procureur Spécial de la CRIEF a d'abord rappelé : « La corruption est un poison avec beaucoup d’adeptes. Elle peut provenir d’une personne que l’on appelle corrupteur, d’une autre que l’on appelle corrompue, ou des deux. Elle est présente partout : dans les maisons, dans la Justice, dans l’Administration publique et privée. Vu sa dangerosité et ses effets néfastes sur le développement des États, la loi sur la détection, la prévention et la répression des infractions s’applique à tout agent public, quel que soit son mandat ou sa délégation de pouvoir. Cette loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur »
« Pour obtenir une décision de justice, parfois, il faut payer... »
Pour Alphonse Charles Wright, dans la lutte contre la corruption, « le mal commence dans ma propre maison de justice. » Car a t-il souligné avec force que : «...Pour obtenir une décision de justice, parfois, il faut payer. Alors ne soyez pas étonné demain qu’un ministre ou un magistrat passe devant la CRIEF. Personne ne sera épargné. Je ne viens pas commencer, mais terminer dans la légalité ce qui a été commencé. Ne vous étonnez pas si certains parlent de ''chasse aux sorciers''. Si le sorcier mange quelqu’un, il faut vérifier et dire ce qu’il a fait. Le doute n’a pas sa place. Nous sommes sortis de la transition et nous sommes dans la phase du développement. Peut-on développer un pays tout en fermant les yeux sur la corruption ? »
«Personne ne sera épargné. »
L'ancien Ministre de la Justice a lancé un appel à ses collègues magistrats : « À partir de maintenant, je lance un appel à tous mes collègues magistrats. Celui qui est ministre, celui qui est magistrat, qu’on ne pense pas que la loi s’applique aux autres. J’ai promis et je le réaliserai : à partir de lundi, je déposerai ma déclaration de biens au greffe que j’occupe, comme l’exige la loi sur la détection des infractions. Personne ne sera épargné. J’ai moi-même comparu devant les juridictions en tant que ministre, par respect pour la loi. La loi est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus de la loi ».

