Depuis mardi 14 avril 2026, l'Internet est de nouveau restreint, pour ne pas dire couper, en Guinée. Et pour cause : Deux jeunes dames - une ancienne vendeuse de produits aphrodisiaques, reconvertie en vlogeuse et une artiste - toutes deux proches et soutiens inconditionnels de la famille présidentielle, se sont illustrées sur les réseaux sociaux dans ce que le Parquet Général près de la Cour d'Appel de Conakry a qualifié, sans les citer nommément, dans son communiqué du mercredi 15 avril, "... des injures et diffamations publiques, des propos attentatoires à la dignité humaines et à l'ordre public, diffusion des fausses informations, ainsi que de l'apologie de comportements illicites, contraires aux valeurs républicaines et à l'ordre public social..."
Il s'agit de Maya Kaba, La solution (en référence à ses produits aphrodisiaques) et de Mariama Bah, alias Yama Séga, artiste et musicienne. Toutes deux très proches de Aïcha Doumbouya, qui n'est autre que le petite soeur du Président Mamadi Doumbouya. Sur fond d'animosité, les deux femmes ont tenu en haleine les réseaux sociaux la nuit durant. Au-delà du caractère injurieux, d'atteinte à l'honneur et à la dignité humaine, la sortie des deux dames intervient dans un pays où, pour moins que ça, des médias privés ont été fermés, des journalistes et leaders politiques jugés et emprisonnés.
Pendant que Maya Kaba se vante, avec une arrogance indescriptible et injures, et reconnaît être à la tête d'un cartel et d'avoir trois milliards de Francs Guinéens à la maison, Yama Séga s'accuse avec fierté déconcertente d'être une droguée à la cocaïne.
Au même moment, une crise de liquidités de billets de banque sans précédent frappe le pays, à tel point que les banques primaires ne sont plus en mesure d'assurer le paiement des salaires des fonctionnaires. " Nous tirons le diable par la queue. Il faut faire deux à trois jours devant les banques de la place pour avoir son salaire. Les banques ne paienet pas plus d'un million de Franc Guinéen aujourd'hui", témoigne un fonctionnaire qui assure ne plus pouvoir joindre les deux bouts.
De passage, les deux dames s'accusent, dans la ville de Kankan, d'une partie de débauche au cours de laquelle les participants - dont le nombre excède quatre - pratiquent et se livrent à des activités sexuelles collectives et simultanées ! Chose contraires aux Us et coutumes de la Guinée, un pays majoritairement musulman, avec un taux estimé entre 85% et 88% !
Vu la gravité des faits, au lieu de s'auto-saisir et convoquer les deux protagonistes pour être entendus, le Parquet Général près la Cour d'Appel de Conakry, dans son communiqué signé M Abdoulaye Babady Camara, avocat général, se contente de rappeler, " que l'espace numérique ne constitue pas une zone de non droit.", avant de souligner, " les faits susvisés sont pénalement répréhensibles au regard des dispositions du code pénal, notamment en matière d'injures et diffamations publiques, d'offenses aux institutions de la république, de propagation de fausses nouvelles et d'incitation à la commission d'infraction"
Dans le même communiqué, la Parquet Général, sans inquiéter les deux mises en causes, instruit " aux Parquets du ressort de mettre en oeuvre une politique pénale ferme, cohérente et adaptée, fondée sur : 1- la poursuite systématique des infractions caractérisées, avec des réponses pénales rapides et dissuasives;
2- le renforcement des investigations numériques notamment l'identification techniques des auteurs et la coopération avec les opérateurs de télécommunication et les plateformes numériques;
3- la mobilisation des mécanismes de coopération judiciaire internatiobale (commissions rogatoires, entraide judiciaire, mandat d'arrêt international) en vue de poursuivre les auteurs, y compris à l'étranger;
4- la poursuite des complices et relais de diffusion, notamment les administrateurs de page et les diffuseurs secondaires."
Au moment d'écrirre cet article, Maya Kaba et Yama Séga sont toutes à l'étranger. Officiellement, aucune des actions énumérées par le Parquet Général près la Cour d'Appel de Conakry n'est engagée contre elles. Au contraire, des paisibles citoyens sont privés d'Internet et des réseaux sociaux (Facebook, Tik-Tok...), alors qu'ils payent un service au-près de leurs opérateurs téléphoniques.
Il est temps qu'une action en justice soit engagée contre les deux dames. Car comme le dirait Michel de Montaigne, " on ne punit pas celui qu'on pend, mais à travers lui les autres". Autrement dit, la punition n'est pas une correction pour la personne, mais un exemple dissuasif pour la société.
Mamadi Kaba

