 Politique 1/10/2012
Jamais la situation politique n’a été aussi tendue en Guinée. Le communautarisme et l’extrémisme ethnico politique ont atteint leur paroxysme. Au-delà des discours incendiaires leaders politiques, qui ne visent que des intérêts égoïstes, il faut dire que l’exacerbation des tensions sociales en Guinée ont pour origine le fameux « empoisonnement des militants du RPG- Arc-en-ciel » au Palais du peuple à Conakry. C’était le 22 octobre 2010 à la veille du second tour des présidentielles qui opposait M. Mamadou Cellou Dalein Diallo, candidat de l’UFDG, arrivée en tête, au Pr. Alpha Condé, candidat du RPG. Ce jour, des militants du RPG étaient réunis pour le tout dernier meeting du parti lorsque des manifestations, se disant avoir été empoisonnés, ont été victimes de malaise.
Ces derniers ont accusé dirctement des partisans de Mamadou Cellou Dalein Diallo d’être à l’origine de cet empoisonnement. Et inversement, l’UFDG a pointé du doigt le RPG d’avoir empoisonné ses propres militants. Ce qui a été l’origine des violences, tant à Conakry qu’en Haute Guinée, où des militants de l’UFDG, majoritairement peuls, ont été victimes d’agression, de pillages des biens, avec son cortège des victimes et de déplacés. Les mêmes violences ont été perpétrées en Moyenne Guinée, là aussi des militants du RGP, de l’ethnie malinké ont été pris à partie et chassé des localités. Jusque là, les uns et les autres se rejetaient la responsabilité. C’est dans ce contexte de violences et suspicions que le second tour a eu lieu, au terme duquel le candidat du RPG a été élu président de la République. Malgré la main tendue du vainqueur, Alpha Condé du RGP au vaincu, Mamadou Cellou Dalein Diallo de l’UFDG qui a d’ailleurs décliné l’offre en indiquant qu’il était impossible pour lui de travailler avec celui qui est à la base des violences communautaires qui ont visé son ethnie, le fossé communautaire a continuer à se creuser en Guinée.
Près de deux ans après les faits, Jean mari Doré, ancien Premier ministre du gouvernement de transition, dans une interview accordée à la presse, a fini par faire son mea-culpa : «Je connais qui a empoisonné l’eau. Ce n’était ni le RPG, ni l’UFDG, moins l’UFR. Ce n’était personne d’autres. Aucun commerçant, ni malinké, ni peuhl, ni soussou, ni forestier, n’est impliqué. C’est une affaire qui s’est colportée à Conakry à des niveaux que vous ne pourrez jamais savoir..»
Cette déclaration a été ressentie comme un tremblement de terre. Car pour le commun des guinéens, si Jean Marie Doré, connu pour sa verve et son franc parlé, prend la décision sur lui de tenir de tels propos, c’est dans l’unique but de détendre la situation politique en Guinée, restaurer la confiance entre les Guinéens en citant nommément les commanditaires d’un empoisonnement qui est à l’origine de l’instauration d’un climat politique et social tendu dans le pays. A l’époque, de façon épidermique, l’UFDG, par la voix de son vice président Dr Fodé Oussou Fofana, a indiqué qu’une plainte sera déposée contre Jean Marie Doré, afin qu’il éclaircisse l’opinion publique guinéenne sur cette sordide affaire. Mais cela n’a pas été, jusqu’au moment où ces lignes s’écrivent, suivi d’acte concret allant dans ce sens.
Aujourd’hui, Jean marie Doré, acculé par la presse sur la question, tente de se cacher derrière ce qu’il appelle « secret d’Etat ». Si tel est le cas, pourquoi avoir accepté librement de sortir de cette réserve que lui impose le secret d’Etat, au moment la confiance s’est évanoui entre les acteurs politiques guinéens ? Pourquoi avoir attendu près de deux ans pour tenir des propos aussi irréfléchis qu’irresponsables ?
Est-ce parce que c’est son gouvernement dit de transition qui est responsable de cet empoisonnement ?
En attendant les réponses à ces questions, l’opinion publique guinéenne pense que si Jean marie Doré a longtemps ruminé et gardé cette information capitale avant de la lâcher, c’est parce qu’il se bat avec sa conscience qui lui reproche sa responsabilité dans l’exacerbation des tensions politiques en Guinée. Pour l’instant, jusqu’à preuve du contraire, l’ancien Premier ministre du gouvernement de la transition reste et demeure l’unique responsable de cette tragédie. A lui seul de situer l’opinion nationale sur les commanditaires de cette manœuvre qui tendait à instaurer une guerre civile en Guinée.
La Justice guinéenne doit s’auto saisir de cette affaire en convoquant Jean Marie Doré enfin qu’il fasse toute la lumière sur cet empoisonnement du 22 octobre 2010 au Palais du Peuple qui, pour bien des guinéens, est à l’origine du climat politique tendu actuel.
SACKO Mamadou www.lexpressguinee.com
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